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Points clés à retenir
- Symboles forts : La ministre déléguée aux Armées a participé à une cérémonie à Sétif, un lieu historique douloureux, pour apaiser les tensions.
- Priorité à la libération : L’Élysée place le sort du journaliste Christophe Gleizes au centre des discussions avec Alger.
- Détente fragile : La crise autour du Sahara occidental et le départ du ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau ont ouvert la voie à un dialogue renoué.
Une cérémonie hautement symbolique à Sétif
Le vendredi 8 mai, à Sétif, dans l’est de l’Algérie, une image a marqué les esprits : la ministre déléguée française aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, a déposé une gerbe aux côtés de son homologue algérien, Abdelmalek Tachrift, devant la stèle de Bouzid Saâl. Ce geste, effectué devant plusieurs centaines de personnes sous les drapeaux algériens, n’est pas anodin. Il intervient le jour anniversaire des manifestations anticoloniales du 8 mai 1945, réprimées dans le sang par l’armée française.
Sétif, avec Guelma et Kherrata, reste un symbole douloureux de l’histoire commune. Les autorités algériennes évoquent 45 000 morts, tandis que les estimations françaises varient entre 1 500 et 20 000 victimes. « Il faut regarder l’histoire telle qu’elle a été, dans sa vérité, et dans le respect de toutes les mémoires », a déclaré Alice Rufo à l’AFP. Pourquoi ce geste ? Comme me le confie un expert en relations internationales, il permet de montrer que Paris est prêt à affronter les pages sombres du passé pour construire un avenir apaisé.
Le retour de l’ambassadeur : un signe visible de détente
Le même jour, l’Élysée a annoncé le retour à Alger de Stéphane Romatet, l’ambassadeur de France rappelé en avril 2025 lors du pic des tensions. Ce retour constitue un indicateur clair du réchauffement en cours. Pour l’Élysée, cette visite doit « restaurer un dialogue efficace » avec Alger.
La crise avait éclaté à l’été 2024, après qu’Emmanuel Macron a soutenu le plan marocain pour le Sahara occidental, un territoire au statut non défini selon l’ONU. Cette position, perçue par l’Algérie comme une rupture de l’équilibre, a provoqué une escalade rapide :
- L’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal en novembre 2024.
- L’expulsion de 12 agents de l’ambassade de France par Alger.
- Le rappel de l’ambassadeur français.
À cela se sont ajoutées les déclarations fermes de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, qui avait durci le ton sur les questions migratoires et le sort de Boualem Sansal, irritant profondément Alger.
Le départ de Bruno Retailleau ouvre une nouvelle page
Le changement de ministre de l’Intérieur a joué un rôle clé. En octobre 2025, Bruno Retailleau cède la place à Laurent Nuñez, dont la ligne plus discrète a permis de renouer le dialogue. En février 2026, ce dernier s’est rendu à Alger, marquant une étape importante. Peu après, en novembre 2025, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a gracié Boualem Sansal, levant un obstacle majeur.
Depuis, les échanges se sont multipliés : entretien entre les chefs de la diplomatie, déplacement de l’ancienne conseillère d’Emmanuel Macron Anne-Claire Legendre, reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière. Pourquoi ce changement ? Bruno Retailleau personnifiait, pour Alger, une politique trop agressive. Son départ a apaisé les tensions, comme l’explique un diplomate : « Chaque geste compte dans un processus de réconciliation. »
Christophe Gleizes, la priorité absolue
Reste un dossier sensible : celui du journaliste sportif Christophe Gleizes. Arrêté en mai 2024 en Kabylie, il a été condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme. Sa famille a annoncé le retrait de son pourvoi en cassation, ce qui rend la condamnation définitive mais ouvre la voie à une grâce présidentielle.
L’Élysée place ce dossier sous « attention prioritaire ». Le journaliste devrait recevoir prochainement sa première visite consulaire depuis son incarcération, par l’ambassadeur Stéphane Romatet. Alice Rufo a évoqué ce cas avec le président Tebboune, cherchant les moyens d’« intensifier la coopération ». Pourquoi ce cas est-il si important ? Pour moi, il symbolise le dernier obstacle sur le chemin d’une normalisation complète. Un geste de clémence d’Alger serait interprété comme un nouveau signal d’apaisement.
Un dégel fragile, mais réel
En résumé, les gestes symboliques se multiplient entre Paris et Alger : cérémonie à Sétif, retour de l’ambassadeur, libération de Boualem Sansal. Toutefois, la confiance reste en construction. Les causes profondes de la crise – le Sahara occidental, la question migratoire – ne sont pas résolues. Pour conclure, je dirais que l’apaisement dépendra de la capacité des deux capitales à transformer ces signes en avancées concrètes, notamment en obtenant la libération de Christophe Gleizes. L’histoire montre que le dialogue est le seul chemin durable, mais il exige de la sincérité et du temps.

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