Pétrole brut: jusqu’où ira le baril ?

Alors que le Brent frôle les 100 dollars, l'expert Jean-Pierre Favennec analyse les risques de flambée et les solutions pour le consommateur.

Temps de lecture : 3 min

Points clés à retenir

  • Un rebond sous conditions : Le baril pourrait grimper à 120-130 dollars si la Chine n’intervient pas, mais un pic à 200 dollars semble peu probable.
  • Les raffineries en tension : Leur nombre réduit en France et les attaques dans le Golfe accentuent la hausse à la pompe, surtout pour le gazole.
  • La taxation, le vrai levier : Une baisse ciblée de la fiscalité ou un plafonnement ne peuvent être durables qu’avec un soutien de l’État, pas des compagnies.

Le pétrole brut flirte à nouveau avec la barre symbolique des 100 dollars le baril, un niveau qui réveille les inquiétudes sur une flambée durable des prix à la pompe. En tant qu’expert en énergie, je vous propose d’y voir plus clair dans cette situation complexe.

Faut-il craindre un baril à 120, voire 150 dollars ?

Avec les tensions géopolitiques récentes au Moyen-Orient, une fermeture du détroit d’Ormuz a été évoquée, un passage stratégique par lequel transitaient autrefois environ 20 millions de barils par jour, soit près de 20% de la consommation mondiale.

Aujourd’hui, ce trafic est largement perturbé, mais les pays du Golfe ont réorienté une partie de leurs exportations via d’autres voies, comme un oléoduc saoudien vers la mer Rouge. Résultat, le manque effectif se situe entre 5 et 10 millions de barils par jour, soit environ 10% de la demande mondiale. Une hausse modérée vers 120-130 dollars reste plausible si la situation ne se dégrade pas davantage.

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Pourquoi cela reste limité ? Parce que la consommation mondiale a commencé à se réduire, notamment en Europe, et que les grands importateurs comme la Chine ont encore des marges de manœuvre. Je pense que la Chine ne laissera pas la crise s’enliser, car elle est trop dépendante de ces importations.

En résumé, une flambée incontrôlée à 200 dollars est improbable, mais nous devons nous préparer à un baril qui reste élevé sur la durée.

Le recours aux réserves stratégiques peut-il soulager les prix ?

Les réserves stratégiques ont déjà été largement mobilisées ces derniers mois. Ce mécanisme, créé après le choc de 1973, impose un stock équivalent à 90 jours de consommation. Mais aujourd’hui, leur influence sur le marché est faible.

  • Elles sont déjà entamées : Les pays occidentaux ont contribué à les puiser dès l’apparition du conflit, réduisant ainsi leur marge de manœuvre.
  • La Chine dispose de stocks conséquents : Bien qu’elle ne participe pas aux mécanismes de l’Agence internationale de l’énergie, elle a accumulé des réserves importantes qui la protègent pour le moment.
  • Effet limité sur les prix : Compte tenu de l’ampleur du déficit, les réserves stratégiques peuvent tout au plus fournir un filet de sécurité provisoire, pas un bouclier anti-hausse.

Pourquoi les produits raffinés flambent-ils autant ?

Fait notable : l’écart entre le brut et les produits raffinés (essence, gazole) est passé de 5 à environ 30 dollars. Une des raisons est que les raffineries du Golfe, elles-mêmes visées par les frappes, ont vu leur production chuter.

À cela s’ajoute une réduction du nombre de raffineries actives, réduisant la capacité mondiale de traitement. Cela amplifie la flambée à la pompe par rapport à la simple hausse du brut.

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Quelle est la marge de manœuvre pour TotalEnergies, et pour l’État ?

TotalEnergies peut plafonner ses prix en France car il possède souvent ses propres raffineries sur le territoire. Cette intégration verticale lui permet de rogner sur sa marge de raffinage. Les stations-service indépendantes, elles, achètent leurs carburants à Rotterdam à des prix élevés, sans cette possibilité.

De son côté, l’État doit envisager des solutions durables. Les taxes représentent environ 60% du prix du litre. Pourquoi ne pas les baisser ? Parce que cela représente des milliards d’euros de manque à gagner pour le budget, et que cette mesure bénéficierait autant aux ménages aisés qu’aux plus modestes. L’approche la plus juste serait de cibler les aides vers les ménages à faibles revenus, qui sont les plus vulnérables.

La sobriété énergétique peut-elle constituer une solution rapide ?

Malheureusement, la réduction de la consommation mondiale ne peut pas résorber le choc à court terme. L’Europe réduirait un peu sa voilure, mais d’autres régions comme l’Afrique ou l’Asie du Sud-Est verront leurs besoins croître. Les efforts en matière de sobriété énergétique doivent se poursuivre, mais il serait illusoire de compter dessus pour faire baisser les prix immédiatement.

Pour conclure, je dirais que les consommateurs doivent s’attendre à des prix élevés tant que les routes maritimes reste perturbées, mais je reste confiant quant à une stabilisation à moyen terme. La clé repose sur une diplomatie efficace et sur des stratégies de diversification des sources d’approvisionnement.

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