Svastika ou croix gammée : l’histoire d’un symbole volé

Pourquoi la croix gammée, jadis signe sacré, est-elle devenue l’emblème de la haine ? Retour sur 5 000 ans d’histoire, du svastika à son interdiction en Europe.

Temps de lecture : 19 min

Points clés à retenir

  • Svastika : un signe sacré de chance vieux de 5 000 ans, encore utilisé dans l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme.
  • Croix gammée nazie : le Hakenkreuz adopté par le parti nazi en 1920, un détournement politique du svastika.
  • Interdiction : la version nazie est interdite ou très encadrée dans plusieurs pays européens, avec des exceptions pédagogiques.
  • Différence : l’orientation, le sens et le contexte transforment un symbole religieux en emblème de haine.

Avant d’être le signe de la haine absolue, la croix gammée a orné des temples et des objets rituels pendant plus de 5 000 ans. Comment un symbole sacré a-t-il pu devenir l’étendard d’une idéologie criminelle ? Cette question m’accompagne à chaque fois que j’explore la manière dont les régimes politiques s’emparent des signes.

Ce signe, appelé svastika en sanscrit, ne porte pas le même sens selon son orientation, son contexte ou son histoire. La croix gammée nazie n’est pas une simple variation ; c’est un vol délibéré. Comprendre ce mécanisme permet de répondre à des questions pratiques : pourquoi ce symbole nazi est-il interdit ? Peut-on encore porter un svastika religieux en France ? Quelle différence existe-t-il entre le svastika bouddhiste et le Hakenkreuz ?

Dans cet article, je remonte le fil. D’abord la vie ancienne du svastika, puis son détournement par Hitler, son usage dans l’Allemagne nazie, le cadre juridique actuel et les malentendus qui persistent en 2026. Une certitude : le contexte décide du sens.

Le svastika : un symbole sacré vieux de 5 000 ans

Le mot « svastika » vient du sanscrit : « su » signifie « bon » et « asti » signifie « être ». L’ensemble donne « bonne fortune ». Selon l’Encyclopédie multimédia de la Shoah (USHMM), le svastika a été utilisé dans de nombreuses cultures pendant au moins 5 000 ans avant qu’Adolf Hitler ne le mette au cœur du drapeau nazi (s.d.). Cette longévité explique pourquoi on le trouve sur des temples, des pièces de monnaie, des poteries et des tissus sacrés.

Du mot sanscrit aux premières traces archéologiques

Le motif semble avoir d’abord été utilisé en Eurasie il y a 7 000 ans, peut-être pour représenter le mouvement du soleil au fil de la journée (Encyclopédie multimédia de la Shoah, USHMM, s.d.). Les fouilles menées sur les sites de la culture de Vinča, dans les Balkans, ont mis au jour des signes en croix à branches coudées bien avant l’âge du fer. Les Grecs anciens l’appelaient « gammadion », parce que ses branches évoquent la lettre gamma. Les héraldistes médiévaux parlaient de « croix cramponnée ».

CivilisationNom du symboleSens associé
Inde védiqueSvastikaBonne fortune, prospérité
Grèce antiqueGammadionDécor, soleil, vie
Europe néolithiqueCroix solaireCycle du soleil
Pays basqueLauburuCroix à quatre têtes, sens variable

Cette diversité archéologique ne fait plus débat. Des fouilles menées de la mer Noire à l’Atlantique ont exhumé des svastikas sur des fibules, des urnes et des stèles. Les motifs varient : branches incurvées, extrémités arrondies, rotations à gauche ou à droite. Dans toutes ces traditions, le signe renvoie à la vie, au soleil et à la régénération.

Un symbole universel : de l’Inde à l’Europe

En Asie, le svastika est resté un signe religieux vivant. Dans l’hindouisme, il accompagne les fêtes, les portes des maisons et les livres de comptes. Dans le bouddhisme, il est parfois placé sur la poitrine de Bouddha. Dans le jaïnisme, il marque les manuscrits sacrés. Le svastika bouddhiste est souvent dextrogyre, c’est-à-dire orienté vers la droite, mais il n’a aucun rapport avec l’idéologie nazie.

Dans l’hindouisme, le svastika peut être tracé à l’entrée d’une maison lors d’un mariage. Dans le bouddhisme, il accompagne les roues de prière et les statues. Dans le jaïnisme, il orne la poitrine des images saintes. Cette présence continue, jour après jour, est la preuve que le signe n’appartient pas au seul passé.

En Europe, le lauburu basque orne les tombes et les frontons depuis des siècles. La croix solaire apparaît sur les monnaies slaves. Le gammadion grec courait sur les frises des temples antiques. Tous ont été éclipsés par l’usage qu’en firent les nazis.

Définition. Un svastika dextrogyre tourne vers la droite, dans le sens des aiguilles d’une montre. Un svastika senestrogyre tourne vers la gauche. Le terme « sauvastika » est parfois utilisé pour la version orientée à gauche, souvent associée à la chance ou à la nuit selon les traditions. La croix gammée nazie est, elle, une variante dextrogyre inclinée à 45 degrés.

Cette longue histoire rend le détournement opéré par Hitler encore plus saisissant. Comment un signe religieux a-t-il pu devenir un étendard racial ? C’est ce que nous allons voir.

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Svastika ancien sculpté sur un mur de temple hindou en pierre

Pourquoi Hitler a-t-il choisi la croix gammée comme emblème nazi ?

Le choix de 1920 ne relève ni du hasard ni de l’esthétique. Adolf Hitler cherchait un signe capable de frapper les esprits et de rassembler les militants du NSDAP, le Parti national-socialiste des travailleurs allemands. Il a trouvé dans le svastika prétendument « aryen » le symbole d’une race qu’il voulait supérieure.

L’aryanisme et la prétendue supériorité de la race

À la fin du XIXe siècle, des idéologues nationalistes affirment que les « Aryens » seraient une race de conquérants venue d’Asie. La science historique est formelle : le mot « aryen » désigne une famille de langues, pas une race. Peu importe pour les théoriciens du Hakenkreuz. Ils transforment un symbole sacré en preuve visuelle de leur fantasme racial.

Cette pseudo-théorie est reprise par les milieux völkisch, ces groupes nationalistes allemands obsédés par la « pureté de la race ». Hitler s’en empare dans Mein Kampf. Selon lui, le rouge du drapeau représenterait le sang, le blanc la pureté raciale, et la croix gammée la victoire des Aryens. Le sens religieux du svastika est effacé au profit d’une lecture raciste.

Le Hakenkreuz au cœur de la symbolique du NSDAP

Le Parti nazi choisit officiellement la croix gammée (Hakenkreuz) pour symbole en 1920 (Encyclopédie multimédia de la Shoah, USHMM, s.d.). Le Hakenkreuz, littéralement « croix à crochets », devient l’emblème de la haine raciale. Il apparaît sur les affiches de meeting dès l’été 1920 et ne quittera plus l’image publique du parti. On le retrouve sur les drapeaux, les brassards, les uniformes et les documents du parti. La croix gammée nazie n’est plus un ornement : c’est une marque d’appartenance à un projet criminel.

Le choix de 1920 ne s’explique pas par une intuition artistique. Hitler voulait un signe qui soit à la fois ancien et révolutionnaire, sacré et martial. Le svastika inversé en Hakenkreuz devient un slogan visuel : il se mémorise d’un coup d’œil, se peint rapidement, se brode sur un brassard et se plante sur un drapeau.

  • 1920 : le NSDAP adopte le Hakenkreuz comme symbole officiel.
  • 1920 : le drapeau à croix gammée devient l’étendard du parti.
  • 1935 : le drapeau à croix gammée devient drapeau national du Reich.

Définition. Le Hakenkreuz est le nom allemand de la croix gammée. Il désigne spécifiquement la variante nazie, dextrogyre et inclinée, noire sur disque blanc et fond rouge.

Cette chronologie montre que le Hakenkreuz n’a pas jailli de nulle part. Il est le produit d’une idéologie raciale qui a instrumentalisé l’archéologie, la philologie et la religion pour fabriquer une légende. Le détournement du svastika est un cas d’école de la propagande : un motif simple, frappant, facile à reproduire, chargé de fausse profondeur.

Ce basculement de 1920 explique pourquoi l’histoire du signe se divise en deux. Encore faut-il savoir distinguer clairement les deux formes.

Svastika et croix gammée : quelle différence ?

CritèreSvastika traditionnelCroix gammée nazie
SensChance, spiritualitéRace aryenne, haine
OrientationDextrogyre ou senestrogyreDextrogyre inclinée à 45°
UsageReligieux, décoratifDrapeau officiel du NSDAP
Statut actuelSacré dans l’hindouisme, le bouddhisme, le jaïnismeInterdit dans plusieurs pays européens

Ce tableau répond à la confusion la plus fréquente : le svastika et la croix gammée nazie ne sont pas interchangeables. L’un est un signe religieux et décoratif, l’autre est un emblème politique criminel. La différence tient à l’orientation, au contexte culturel et à l’intention de celui qui l’utilise.

L’orientation : dextrogyre et senestrogyre

On peut tracer un svastika vers la droite (dextrogyre) ou vers la gauche (senestrogyre). La croix gammée nazie est dextrogyre et inclinée à 45 degrés. Cette inclinaison, associée au noir, au blanc et au rouge du drapeau du NSDAP, produit un signal visuel immédiat. Le svastika bouddhiste utilise parfois la même direction, mais sans l’inclinaison ni les couleurs nazies.

Selon Wikipédia — Svastika, le drapeau nazi comprend un svastika dextrogyre incliné à 45 degrés, noir sur un disque blanc au centre d’un drapeau rouge (s.d.). Les spécialistes rappellent que la rotation n’est pas le seul critère. La version nazie associe le noir au blanc et au rouge, une composition qui ne respecte aucun usage traditionnel. Le rapport au corps diffère aussi : un svastika religieux se plie souvent à une intention de bénédiction, tandis que la croix gammée nazie fonctionne comme un ordre martial.

Ce que le contexte culturel change vraiment

Le même geste ne veut pas dire la même chose à Tokyo, à Delhi ou à Berlin. Dans un temple en Inde, le svastika peint sur le seuil signifie « bienvenue ». Sur un mur de synagogue en Europe, la croix gammée taguée signifie « menace ». Le contexte et l’intention priment sur le dessin lui-même.

Je le constate dans mon travail : les images sont toujours prises dans des systèmes de sens. La même forme géométrique peut être un protecteur dans une maison hindoue, un emblème de parti dans un document d’archives ou un tag de haine sur un monument aux morts.

Point de vigilance. Ne qualifiez pas le svastika religieux de « croix gammée ». Cette confusion blesse les communautés hindoues, bouddhistes et jaïnes et fait le jeu de ceux qui veulent banaliser le symbole nazi.

Le lauburu basque, le gammadion grec et la croix cramponnée héraldique ressemblent au svastika sans être des croix gammées nazies. Leur histoire est antérieure à 1920 et leur usage n’a rien à voir avec le national-socialisme.

Le terme « svastika » reste donc le plus exact pour désigner la forme ancienne et religieuse. L’expression « croix gammée », elle, est devenue dans l’usage courant l’étiquette du symbole nazi. Pour éviter l’ambiguïté, il vaut mieux écrire « svastika » quand on parle d’Asie et « croix gammée nazie » ou « Hakenkreuz » quand on parle du IIIe Reich.

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Après cette clarification, il faut regarder en face l’usage nazi du signe. La croix gammée n’a pas seulement servi de drapeau ; elle a accompagné un État criminel.

La croix gammée dans l’Allemagne nazie : mise en scène d’un État criminel

Le drapeau de 1920 : un étendard raciste

Le drapeau du Troisième Reich n’est pas un simple drapeau national. Il est pensé comme un étendard raciste. Le noir du Hakenkreuz, le blanc du disque et le rouge du fond forment une identité visuelle agressive, immédiatement reconnaissable. Hitler voulait un symbole qui fonctionne « comme l’enseigne d’une marque », selon ses propres termes.

Ce n’est pas un drapeau neutre. Il est né dans une organisation qui prône l’élimination des Juifs, des Roms, des communistes et de toutes les personnes jugées « asociales ». L’arborer, c’est revendiquer cette élimination.

Ce drapeau flottait sur les bâtiments officiels, les écoles, les casernes et les habitations. La croix gammée nazie s’affiche sur les timbres, les affiches, les pièces de monnaie, les jouets. Cette omniprésence vise à normaliser l’idéologie et à écarter tous ceux qui n’appartiennent pas à la « communauté du peuple » définie par les nazis.

Les enfants étaient invités à saluer le drapeau à l’école. Les femmes brodaient des croix gammées sur les draps de mariage. Les hommes les portaient au bras. Cette banalisation a préparé les esprits à accepter l’inacceptable.

Une exposition totale : la croix gammée dans les rues et les cérémonies

La photographie du 1er mai 1939 à Berlin montre un immense mât surmonté d’une croix gammée pour la parade du Lustgarten. Des milliers de personnes défilent sous ce signe. L’image documente la puissance de l’appareil de propagande : le symbole n’est pas un décor, c’est un serment visuel.

Les cérémonies du régime sont conçues comme des liturgies politiques. Les drapeaux à croix gammée encadrent les tribunes, les stades et les autels improvisés. La croix gammée nazie devient le marqueur d’une exclusion qui mènera à la Shoah. La réduire à un « ornement » serait une faute de mémoire.

Des études historiennes montrent que le régime mesurait l’impact des grandes messes visuelles. Chaque drapeau, chaque cri, chaque salut renforçait l’illusion d’une communauté unie autour d’un même signe. La croix gammée nazie était le symbole de cette communauté.

Avertissement. Ces images documentent un régime criminel. Elles ne doivent pas être utilisées hors contexte historique, ni reproduites comme un objet de style. Leur valeur est documentaire, pas décorative.

Cette histoire explique pourquoi la question juridique est si sensible. Que dit la loi lorsqu’un tel signe apparaît sur un mur ou sur un vêtement ?

Drapeau à croix gammée exposé derrière une vitre dans un mémorial

La croix gammée est-elle interdite ? Découvrez ce que dit la loi

La réponse courte : cela dépend du pays et du contexte. L’utilisation de la croix gammée nazie est réprimée par la loi dans plusieurs pays européens (Wikipédia — Svastika, s.d.). Mais aucune règle européenne unique ne s’applique. Le droit distingue souvent le signe religieux et l’emblème politique.

Cette distinction est essentielle. Les législateurs savent que le svastika est encore utilisé par des millions de fidèles en Asie. L’interdiction ne vise donc pas une forme géométrique abstraite, mais un usage précis : celui du Hakenkreuz comme marque d’adhésion au nazisme.

Le cas de l’Allemagne : paragraphe 86a du code pénal

L’Allemagne est le pays le plus strict. Le paragraphe 86a du code pénal interdit l’utilisation de symboles d’organisations anticonstitutionnelles. La croix gammée nazie entre dans cette catégorie. Les exceptions concernent l’éducation, la recherche, l’art et le cinéma, à condition que l’usage soit critique ou documentaire.

Le paragraphe 86a ne punit pas seulement le drapeau complet. Il vise aussi les autocollants, les tatouages, les drapeaux stylisés et les signes flirtant avec le nazisme. Les tribunaux allemands examinent l’intention et la présence éventuelle d’une finalité artistique ou scientifique.

La France : une répression par le contexte et l’intention

En France, aucun texte ne cite explicitement le dessin « croix gammée ». La loi réprime l’apologie des crimes contre l’humanité, la provocation à la haine raciale et l’injure publique. Un tag sur un mur de synagogue, une croix gammée sur une photo de classe ou un drapeau agité lors d’une manifestation peuvent tomber sous le coup de ces infractions si l’intention discriminatoire est établie.

Peut-on porter un svastika religieux en France ? Oui, si le contexte est manifestement religieux. Un pendentif hindou ou un svastika bouddhiste acheté dans un temple n’est pas une infraction. En revanche, celui qui affiche une croix gammée nazie pour provoquer ne peut pas se cacher derrière la tradition religieuse.

PaysStatut juridiqueNuances et exceptions
AllemagneInterdiction des symboles anticonstitutionnelsParagraphe 86a, exceptions pédagogiques et artistiques
FrancePas d’interdiction du dessin en soiRépression de l’apologie des crimes contre l’humanité et de la haine raciale
AutricheInterdiction explicite des symboles nazisLoi de 1947 sur l’interdiction du national-socialisme
EuropePas de législation uniformeJurisprudence et lois nationales variables

Cette mosaïque juridique rend difficile une interdiction absolue et universelle. Les juges examinent chaque cas : l’orientation du signe, son inclinaison, les mots qui l’accompagnent, l’endoctrinement éventuel de son auteur. C’est ce qui rend la pédagogie si importante.

Conseil aux rédacteurs. Contextualisez toute image de croix gammée. Précisez toujours la finalité pédagogique ou historique, et citez la source. Une image sans contexte devient malgré elle un vecteur de propagande.

Ce cadre juridique ne suffit pas à effacer la présence du symbole. En 2026, la croix gammée continue de hanter la culture et de nourrir les malentendus.

Croix gammée en 2026 : usages détournés, malentendus et réappropriation

La croix gammée nazie reste un symbole de haine pour l’immense majorité des Occidentaux. Mais sa force visuelle attire toujours les provocateurs, les ignorants et les groupuscules extrémistes qui la taguent sur les murs pour semer la terreur. Les exemples récents montrent combien le signe est instable.

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Le tabou occidental et la liberté artistique

En 2012, Madonna inclut la croix gammée dans le clip « Nobody Knows Me » et déclare vouloir dénoncer l’intolérance croissante (BBC News Afrique, 2012). La polémique est immédiate. Pour certains, cette image est inacceptable quel que soit le message ; pour d’autres, montrer le symbole pour le condamner relève de la liberté artistique.

Le cinéma et les jeux vidéo font face au même dilemme. Un film sur la Seconde Guerre mondiale peut montrer un drapeau à croix gammée pour raconter l’histoire. Un jeu vidéo historique doit décider s’il reproduit le symbole ou s’il l’efface. Cette décision n’est jamais neutre. Certains états interdisent la représentation du signe dans les jeux, d’autres l’autorisent dans un cadre pédagogique.

En Allemagne, les jeux vidéo ont longtemps été soumis à une règle stricte : les symboles nazis étaient interdits, sauf pour un usage pédagogique. En 2018, un assouplissement a permis leur apparition dans des titres historiques sous conditions. La frontière entre information et propagande reste débattue.

Le svastika en Asie : une réalité encore vivante

Pendant que l’Occident criminalise le signe, l’Asie continue de l’utiliser dans sa signification ancestrale. Dans les rues de Mumbai, de Bangkok ou de Singapour, le svastika apparaît sur les temples, les portes et les véhicules. Pour les hindous, les bouddhistes et les jaïns, il représente la prospérité et l’ordre du monde.

Ces communautés vivent mal l’amalgame avec le nazisme. Un fidèle qui peint un svastika devant son magasin n’a aucun rapport avec le Hakenkreuz. En 2026, plusieurs associations demandent que les dictionnaires et les médias distinguent clairement les deux termes. Le combat est pédagogique avant d’être juridique.

Des touristes et des salariés indiens racontent qu’on les accuse parfois de faire l’éloge du nazisme lorsqu’ils portent un symbole religieux. Cette méprise inverse la réalité : c’est l’Allemagne nazie qui a volé le svastika, pas l’Inde qui l’aurait souillé. La reconnaissance de cette violence symbolique est un premier pas vers l’apaisement.

ContextePerceptionExemple
Temple hindou en IndeSigne sacré de bienvenueSvastika peint sur le seuil
Clip de Madonna en 2012Provocation artistiqueCroix gammée dans « Nobody Knows Me »
Mur d’une synagogueActe de haineCroix gammée taguée
Jeu vidéo historiqueReconstitutionDrapeau du Troisième Reich dans un niveau de guerre

On voit bien que la même forme géométrique produit des effets contraires selon l’environnement. Le svastika n’est pas un symbole « sale » en soi ; c’est le contexte historique qui l’a rendu si lourd.

Entre le tabou occidental et la tradition asiatique, la confusion demeure. C’est pourquoi l’éducation joue un rôle central.

Comment enseigner l’histoire de la croix gammée sans heurter ?

La croix gammée nazie est un objet d’histoire, pas une simple image à bannir. L’enseigner oblige à expliquer le symbole ancien, puis son détournement, puis les lois qui le répriment. Les supports comme l’Encyclopédie de la Shoah et Les Petits Citoyens suivent cette progression.

Cette méthode évite deux écueils : présenter le svastika comme un simple motif décoratif qui n’a rien à voir avec le nazisme, ou ne le montrer que comme une insigne de criminels. L’une efface le vol, l’autre efface la victime.

Parler de la croix gammée aux plus jeunes

Un enfant ne peut pas comprendre le nazisme s’il ne sait pas pourquoi la croix gammée nazie était un marqueur d’exclusion. Il faut lui dire que le signe a d’abord existé autrement, que les nazis l’ont volé, puis qu’il est devenu le drapeau d’un régime criminel. Cette chronologie en trois temps évite de réduire le svastika à un simple gros mot mural.

Dans les formations que j’ai pu accompagner, je conseille de montrer une image ancienne de svastika avant d’ouvrir la page sur le drapeau de 1920. Les élèves comprennent alors quel événement a fait basculer le sens. La surprise provoque la réflexion.

Les enfants posent souvent la même question : pourquoi un symbole de chance peut-il devenir un symbole de mort ? La réponse tient dans la machine politique. Un signe n’a pas de sens fixe ; les idéologies le chargent peu à peu. Hitler n’a pas inventé le svastika, il l’a réinventé pour servir un projet de haine.

Les pièges à éviter : banalisation, inversion des responsabilités, usage hors contexte

  • Banalisation : ne pas montrer la croix gammée comme un logo ordinaire. Toujours rappeler le régime criminel et la Shoah.
  • Inversion des responsabilités : ne jamais laisser croire que les hindous ou les bouddhistes seraient responsables de l’usage nazi. Le détournement est le fait d’Hitler et du NSDAP.
  • Usage hors contexte : une image isolée de ses sources et de sa date devient un outil de propagande.

Un bon support pédagogique doit indiquer la date, le lieu et la fonction du document. Cela permet de transformer une image brute en preuve historique.

  • Présenter le contexte historique global avant d’analyser le signe.
  • Montrer l’évolution du svastika jusqu’au Hakenkreuz.
  • Préciser le statut illégal de la croix gammée nazie dans plusieurs pays européens.
  • Utiliser des images sourcées, légendées et datées.

Conseil pédagogique. Distinguez toujours connaissance historique et propagande. L’objectif n’est pas de montrer un symbole « fascinant », mais d’expliquer pourquoi il fascine et pourquoi il tue.

Enseigner cette histoire, c’est aussi préparer les adultes de demain à résister aux simplifications. Reste une dernière question : comment continuer à voir le svastika ancestral sans être prisonnier de la mémoire de la croix gammée ?

Questions fréquentes

Pourquoi la croix gammée est-elle interdite ?

Parce qu’elle est devenue l’emblème du régime criminel nazi et de sa politique d’extermination. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, en interdisent l’usage public pour éviter toute apologie.

Quelle est la différence entre une croix gammée et un svastika ?

Le svastika est le nom sanscrit d’un symbole millénaire porte-bonheur. La croix gammée désigne le plus souvent la version adoptée par les nazis, avec une orientation et un contexte politique précis.

La croix gammée est-elle interdite en France ?

La loi française ne vise pas explicitement ce dessin. Mais l’apologie des crimes contre l’humanité et la provocation à la haine raciale peuvent être pénalement sanctionnées.

Que signifie la croix gammée pour les nazis ?

Elle symbolisait pour Hitler la prétendue supériorité de la race aryenne. Elle servait d’étendard au Parti national-socialiste des travailleurs allemands.

D’où vient la croix gammée ?

Ce motif est apparu en Eurasie il y a plusieurs millénaires. Il a ensuite été utilisé dans l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme comme signe de chance et de spiritualité.

Pourquoi la croix gammée nazie est-elle inclinée ?

Le parti nazi a utilisé une variante dextrogyre inclinée à 45 degrés. Cette inclinaison la distingue souvent des svastikas traditionnels.

Peut-on utiliser le svastika en tant que symbole religieux en Occident ?

Oui, si le contexte est manifestement religieux. Un pendentif ou un dessin de temple est légitime, tandis que l’étalage du signe nazi peut tomber sous le coup de la loi.

En résumé : un signe sacré volé par l’histoire

En résumé, le svastika est un symbole millénaire présent dans de nombreuses cultures et religions. La croix gammée nazie résulte d’une appropriation politique et racialiste datant de 1920. Sa représentation est interdite ou très encadrée dans plusieurs pays européens. Connaître cette histoire permet de ne pas confondre un signe religieux avec un emblème de haine.

La croix gammée a volé au svastika sa visibilité. Mais elle n’a pas effacé la réalité asiatique du signe, ni le travail des historiens, ni la mémoire des victimes. Pouvons-nous encore regarder un svastika ancestral sans y voir l’ombre de la croix gammée ? C’est sans doute la question que chacun doit se poser face à l’histoire. Derrière ce signe à la fois sacré et souillé se joue un combat : celui de la mémoire contre l’amnésie.

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